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Jean 8,2-11

Prédication de Pierre Magne de la Croix

dimanche 18 novembre 2007

Introduire par l’histoire de « Mosche et son parapluie » : à propos du 6ème commandement et du texte biblique comme révélateur de la vérité humaine, dans ses aspects sombres et lumineux


C’est un récit de mort et de résurrection
La mort d’une femme qui, finalement, va vivre
La mise à mort par des gens, qui finalement, vont se convertir pour laisser vivre
Et la vie de Jésus, qui épouse la mort de cette femme pour la faire vivre, une attitude de mort et de vie qui va conduire Jésus à sa propre mort.

Ce récit parle de mort et de résurrection
et
C’est un récit où les gens présents sont comme absent
-  A l’image de cette femme sans nom
-  A l’image de Jésus qui se recroqueville comme pour disparaître avec la femme
-  A l’image de ces gens de Loi qui vont l’un après l’autre disparaître
Un récit où les gens absents sont quand même présents
-  A l’image du mari de la femme, un mari si présent, sans lui il n’y a pas d’infidélité de la femme
-  Ou à l’image de l’amant
Sans lequel il n’y a pas d’infidélité de la femme !
Seule la femme est mise en face de son infidélité
sel Jésus fait face,
les autres hommes sont effacés
Le récit est lui-même absent de beaucoup de manuscrits : en effet, nombreux sont les manuscrits de Jean qui n’ont pas ce passage ; d’autres manuscrits ont mis ce récit ailleurs dans l’Evangile de Jean. d’autres manuscrits encore ont placé ce récit dans l’Evangile de Luc (Luc 21,38).
Un récit donc souvent absent de l’Evangile.

Et dans cette agitation de la foule, les choses semblent basculer, au point que je ne sais plus très bien qui est présent et qui est absent :

C’est pourquoi, je vous invite à reprendre les différents personnages

1.Tout d’abord cette femme :

elle est au milieu,
elle est au centre du débat entre la vie et la mort,
et pourtant elle est absente.
Elle est absente,
Comme si elle était déjà condamnée, morte
elle n’existe que parce qu’elle est un cas, un exemple, un cas de figure, un exemple d’école,
-  elle est un problème pour les uns
-  elle est une chance pour les autres

elle est réduite à un exemple utilisée, exploité par d’autres, exploitée par d’autres hommes,
On aurait pu mettre au milieu de la foule
-  un objet à évaluer,
-  une hypothèse à développer
-  une poule à plumer,

mais cette femme est un être humain entre vie et mort.
Et Seul Jésus, à la fin du récit , va lui adresser la Parole, seul Jésus va la considérer comme une personne avec son histoire, ses blessures, ses fractures, mais aussi avec sa dignité, sa conscience, son avenir !
Totalement absente en début de récit,
totalement instrumentalisée par les hommes,
la femme sera reconnue en tant qu’être de Parole, une personne à qui parler, et non plus objet à utiliser.

Dans la Parole qu’il lui, adresse, Jésus accorde à cette femme la possibilité de repartir et de vivre
Sans effacer, sans oublier
Car la femme est enfin prise au sérieux
Y compris dans la prise au sérieux de son infidélité
mais rétablie comme un être humain, remise en relation avec les autres humains.

2.Les pharisiens et les maîtres de la Loi sont très présents au début,
on les voit s’agiter, gesticuler, occuper l’espace ; les hommes, surtout en foule, j’allais dire en meute, sont toujours bien présents pour stigmatiser, se moquer, jeter des pierres,
puis en fin de récit ils ont absents, ils ont quitté la place, laissant Jésus et la femme face à face.

Et pourtant, en début de récit ils sont comme absents, absent à cette femme, qu’ils utilisent comme un objet :

-  Car si la femme a été prise en flagrant délit d’infidélité, ou d’adultère, juste avant notre récit
-  Dans notre récit lui-même
ce sont les gens de Loi qui sont pris en flagrant délit d’adultère :

s’il y a flagrant délit d’adultère, il est dans cette attitude des gens de Loi qui utilisent, exploitent cette femme pour leur besoin, leur désir, leur projet ;
entre leurs mains, cette femme n’existe que comme objet à consommer, comme justification à leur besoin, comme moyen d’assouvir leur désir .

S’il y a flagrant adultère, il est dans cette attitude des gens de Loi : ils n’ont avec cette femme qu’une relation d’utilité, d’exploitation pour eux, pour leur besoin.
l’adultère est dans le regard, dans le comportement, dans ce que les hommes projettent avec jouissance sur cette femme

C’est pourquoi, la Parole de Jésus :
« que celui qui n’a jamais commis de faute lui lance la première pierre »,
cette Parole atteint les gens de Loi au cœur de leur comportement,
pas seulement leur comportement passé – sexuel - éventuel

mais les atteint au cœur de leur comportement présent, là dans leur désir, leur commerce du corps de cette femme, du cas de cette femme , de cet objet qu’est devenu cette femme

Il y avait là, dans cette parole de Jésus,
un risque évident à parler ainsi

Les gens de Loi pouvaient empoigner la femme pour la lapider,
façon de rejeter tout soupçon de non - innocence.
Mais on croit toujours plus à la dureté de coeur et à la méchanceté des pharisiens et les maîtres de la Loi qu’à leur capacité de changement.

-  S’il y a un miracle dans ce récit
c’est peut-être dans ce changement d’attitude des maîtres de la Loi
-  S’il y a un miracle dans ce récit
C’est que la Parole de Jésus conduit ces gens à se convertir, à changer d’attitude, à convertir leur regard
-  S’il y a un miracle dans ce récit
C’est bien cette Parole de Jésus, qui transforme une attitude de mort en offre de vie

LA femme
Les gens de Loi
Avant de parler de Jésus
Je voudrais parler d’un grand absent qui est pourtant très présent :

3. la troisième personne entre vie et mort

c’est l’amant, l’homme que la femme a aimé, l’homme qui a aimé la femme.
Où est-il ?
Je ne crois pas que cet homme soit un salaud qui ricane
et qui se réjouisse d’être un homme à l’abri des duretés de cette Loi

Ne jetons pas trop vite la pierre à ces Lois de cette époque
Qui rejetaient toute la punition sur la femme

Avant de regarder la paille de cette époque
Reconnaissons les poutres de nos yeux
N’oublions pas qu’il a fallu attendre :

-  1907 pour qu’une femme mariée puisse disposer de son salaire
-  1920 pour qu’une femme puisse se syndiquer, sans l’autorisation de son mari
-  1938 pour que l’incapacité juridique des femmes soient supprimées
-  1945 pour que la femme ait le droit de vote (après la Turquie !!!)
-  1965 pour qu’une femme puisse exercer une activité professionnelle sans l’autorisation de son mari
-  1970 pour qu’une femme puisse exercer l’autorité parentale conjointement au père
-  1975 pour mettre fin au divorce sanction et rétablissant le divorce par consentement qui avait été instauré par ailleurs en 1792
-  dans le code pénal de 1938, la peine est différente suivant que l’adultère concerne la femme ou l’homme ! La femme qui aura eu des relations avec un autre homme risquait 3 mois à 2 ans de prison ; l’homme qui avait entretenu à la maison, à domicile ( et seulement dans ce cas) une concubine risquait de 100 à 3000 ff d’amendes

et je laisse la Loi Neuwirth de 1967 et la Loi sur l’IVG DE 1974.

Ne jetons pas trop vite la pierre à ces Lois anciennes
Ne jetons pas trop vite la pierre à cet homme adultère :
Il est là
a-t-il peur ?
est-il déjà mort de peur ?
est-il déjà mort de souffrance
car voir condamnée et mourir celle que l’on aime, celle qui vous aime
c’est une souffrance insupportable
un abîme de mort et de douleur

cet homme, cet amant, n’est-il pas celui qui souffre le plus dans cette foule ?
Dans ce récit, cet homme, l’amant est peut-être le premier que Jésus sauve, en sauvant celle qu’il aime !

Car ce que l’homme ne peut pas faire : sauver la femme
Jésus va le faire : il va sauver cette femme
Jésus sauve cette femme
Et Jésus sauve l’homme qui aime cette femme

4.le dernier personnage est le mari et lui aussi est bien absent

- ➢ peut-être est-il dans la foule, mais alors il est lui aussi infidèle, puisqu’il est parti !
- ➢ peut-être est-il ailleurs, blessé, souffrant, ne voulant pas voir le mal qui va être fait à son épouse
- ➢ peut-être est-il ailleurs, parce qu’il se sait lui aussi fautif, car dans les histoires d’infidélités personne n’est blanc, personne n’est jamais responsable à 100%, ou innocent à 100 % ! Il suffit de vivre en couple, d’avoir fait alliance pour savoir que la responsabilité à 100 % ou l’innocence à 100 % sont des leurres, tant les relations humaines sont complexes

Le texte biblique ne dit rien sur ce mari absent du récit, une absence qui est peut-être le reflet, à l’image de son absence comme mari

LE mari est absent
si ce n’est que Jésus quelque part Jésus prend la place de ce mari absent,
c’est pourquoi je vais terminer par Jésus :
qui lui aussi apparaît d’abord bien absent de tout ce qui se passe

- ➢ il se recroqueville vers le sol et se met à dessiner une première fois, comme si cette histoire ne le regardait pas ! Il est ailleurs, comme absent de ce qui se passe autour de lui
- ➢ puis dérangé, tiré de son occupation par ces hommes, Jésus va répondre à leur question par une autre question, faisant partir tous ces gens
- ➢ puis Jésus se recroqueville à nouveau et écrit dans son monde, absent
- ➢ et enfin quand il se retrouve seul avec la femme Jésus peut lui parler, et lui parler de l’essentiel

Jésus se recroqueville comme pour protéger la femme : en se mettant comme par terre, au sol, il prend la position de celui qui se met en terre, de celui qui descend vers la mort avec la femme.
comme pour la protéger et s’il le faut, mourir avec elle
puis Jésus dessine comme pour être ailleurs
comme un enfant qui dessine sur le sable, dans ses dessins, dans son mode et qui ne se sent absolument pas concerné par ce qui se passe autour de lui

je comprend cette attitude Jésus de la manière suivante :
Jésus protège la femme
et en même temps il montre par son attitude que tout cela est une affaire privée qui regarde la femme, mais qui ne regarde personne d’autre qu’elle et surtout pas tout ces gens :
de quoi donc se mêle ces gens, comme de quoi se mêleraient les gens dans la rue de la fidélité ou de l’infidélité dans un couple qui ne regarde que le couple :

Jésus disqualifie les gens :
l’idée que vous vous faîtes de cette femme n’a pas pour moi de valeur, ni d’autorité : vous n’êtes ni qualifié, ni autorisé à faire cette démarche !

Jésus se met ailleurs, en dehors, à côté, comme pour signifier que l’adultère, la fidélité ou l’infidélité dans un couple est une affaire privée qui ne regarde pas les gens dans la rue
ce qui se joue, ne regarde personne d’autres que la femme, et son mari, et ces gens n’ont aucun droit, aucune légitimité à mettre en route une action publique

En droit français, d’ailleurs, seul le mari ou l’épouse victime d’une infidélité peuvent porter plainte ; si je croise une personne dans la rue et que je sais ou crois savoir que cette personne est infidèle
je ne peux pas porter plainte - cela ne me regarde pas

en écrivant sur le sol, en dessinant comme un enfant qui est ailleurs
Jésus dit aux gens :
de quoi vous mêlez-vous ???

Il y aurait aussi de quoi dire sur ces émissions de télé on l’on étale sa vie privée, sous le mythe de la transparence pour la plus grande satisfaction d’un voyeurisme :
de quoi vous mêlez-vous ?
…..

Et lorsque les gens de Loi insistent pour avoir une réponse
Jésus répond :

Que celui qui n’a jamais commis de faute, jette le premier la pierre

Je comprend cette parole de 3 manières :

1. La paille et la poutre : qui peut prétendre n’avoir jamais été infidèle, surtout lorsque l’on sait que l’infidélité n’est pas que dans l’acte mais aussi dans l’intention, le regard, le désir d’utiliser l’autre comme un objet, pour assouvir son désir :
c’est déjà commettre l’adultère que de désirer une femme avec le regard (Mt5,28)

2. Jésus dit que celui qui n’a jamais commis de faute et non pas que celui qui n’a jamais commis d’adultère
Lorsque l’on s’examine en conscience – ce que font les pharisiens car ce sont des gens consciencieux ! – qui peut prétendre ne jamais avoir commis de faute
surtout pour ces gens qui justement utilisent la femme comme un objet à consommer, exploitent cette femme comme un simple moyen pour assouvir leur désir de justice ou de mort, leur désir d’atteindre leur objectif :
- ➢ utiliser un être humain comme un objet, n’est-ce pas là la faute qu’on appelle en théologie : Péché !!
- ➢ utiliser l’être humain ou Dieu comme objet, et non comme partenaire de Parole et sujet de relation, n’est-ce pas là ce qu’on appelle en théologie : le péché
- ➢ Tu ne te feras pas d’idole, c’est-à-dire, tu ne m’utiliseras pas comme un objet à ta disposition pour assouvir tes désir, pour projeter tes représentations, pour combler tes manques

la Parole de Jésus rappelle à ces gens qu’il viennent d’être pris en flagrant délit de faute, de péché

3. La troisième manière de comprendre la parole de Jésus est la suivante :
s’il y a faute la peine est inapplicable et disproportionnée :
la peine est inapplicable, car si on l’applique à la femme alors il faudra bien aussi l’appliquer à toutes celles et ceux qui sont infidèles, à commencer par les plus vieux,
car dans ces gens, Jésus doit bien se douter qu’il y en a qui sont infidèles : jeter la pierre sur la femme, c’est jeter les pierres sur les autres et c’est le pugila général !!

s’il y a faute la peine est inapplicable et disproportionnée :
la peine est disproportionnée : car va-t-on vraiment lapider une femme pour cette faute ?
Certains dans le monde le font : on en décapite même, montrant ainsi que les pharisiens et les gens de Loi de cette époque avaient une conscience beaucoup plus développée que bien des gens aujourd’hui !!

La faute est inapplicable car seul l’autorité politique romaine à le pouvoir de mettre à mort :
Jésus sera lui-même mis à mort par les Romains
et si dans les campagnes reculées, là où l’autorité et la Loi de l’Etat cède la place aux vendetta et règlement de comptes personnels, il peut arriver qu’on mette à mort
ce n’est pas le cas à Jérusalem, dans la capitale où se trouve le pouvoir religieux et politique
Jésus sait que la peine est démesurée, donc inapplicable
la peine est seulement là pour rappeler l’importance de la faute,
mais est inapplicable

Arrive le face à face entre Jésus et la femme
nous sommes à la fin
comme si Jésus prenait la place du mari
dans un échange, une relation à deux, seules, privé, où seul le fautif, la victime peuvent dire les paroles qui vont relancer la vie !
Tant que les gens étaient là, Jésus ne pouvait pas s’occuper de cette affaire privée qui ne regarde personne d’autres que la femme et son infidélité

La faute est reconnue par Jésus, elle est nommée :
ne sois plus infidèle dit Jésus
car on ne peut pas comme cela trahir la confiance, l’engagement de celle ou de celui avec qui on vit

la faute est nommée
mais il n’y a pas de peine, pas de sanction
pas de condamnation

Pouvait-il y avoir une condamnation, une peine ?
- ➢ puisque le trouble a cessé, les gens sont partis
- ➢ puisque le dommage est réparé par la Parole de Jésus
- ➢ puisque le fautif, ici la fautive, est reclassée, ne risque pas de transgresser à nouveau la confiance ! du moins c’est ce à quoi elle est appelée

Je termine par 3 remarques :

1. C’est un récit de vérité :

la Parole et l’attitude de Jésus dévoilent la vérité sur l’être humain, la vérité passée, mais aussi présente, mais aussi la vérité des uns et des autres,
la Parole et l’attitude de Jésus révèle les regards et les comportements fautifs de l’être humain, et permet des conversions,
celle d’abord de ces gens de Loi
c’est bien la Parole d’Evangile que de dévoiler, de révéler la Vérité sur l’Homme, et sur le monde
une Parole qui reste toujours scandale et folie
Ce récit est d’abord un récit sur la Vérité de l’être humain
sur la femme, sur les gens de Loi, sur l’amant, sur le mari, sur Jésus

2.C’est un récit de grâce :

car il rappelle que si l’être humain est jugé, évalué par Dieu, il est aussi gracié en ce qu’il n’y a pas de condamnation
Le jugement de Dieu existe : il évalue, dit la vérité ultime sur l’être humain et le monde
mais juger ne veut pas dire automatiquement condamner
juger ici veut dire :
dire le juste, le vrai,
et dire la vie et le salut
tous sont sauvés :
la femme, les gens de Loi, l’amant, le mari, sauf peut-être Jésus qui va payer de sa vie, le salut offert ici aux autres
mais ce serait là un autre chapitre de la théologie !!

c’est un récit de grâce, car il juge, évalue et rétablie dans la vérité d’une vie toujours à renouveler, à relever
tout est donné, tout reste à faire
c’est un récit de grâce
sur la femme, sur les gens de Loi, sur l’amant, sur le mari, sur Jésus

3.C’est un récit de foi :

C’est un récit qui écarte le public pour que l’essentiel ait lieu dans la relation personnelle,
dans une relation de confiance à deux : en disant confiance, je dis dans une relation de foi
car la foi est bien présente dans ce récit, me^me si le mot lui même est absent du récit :
foi des pharisiens qui se laisse transformer
foi de Jésus qui croient en la conversion possible des pharisiens
foi de la femme dont toute la confiance et la vie repose dans la Parole de cet homme :
c’est un récit de foi, foi
de la femme, des gens de Loi, de l’amant, du mari, de Jésus

c’est un récit
sur des présents et des absents :
la femme, les gens de Loi, l’amant, le mari Jésus

c’est un récit
de vérité,
de grâce,
de foi.

amen