Maria Luigi Carlo Zenobio Salvatore Cherubini (1760-1842), compositeur italien naturalisé français, est surtout connu aujourd’hui pour son Requiem en do mineur (1816), considéré comme l’un des plus beaux du XIXème siècle.
Pour l’entrée dans la Semaine Sainte, le chœur et l’ensemble instrumental du Bouclier consacreront le traditionnel concert des Rameaux à cette œuvre rarement jouée qui mérite d’être découverte, ce dimanche 29 mars à 17h00.
Composé pour un chœur mixte (qui lui vaudra d’être par la suite interdit par l’archevêque de Paris), il s’agit d’une commande de Louis XVIII pour une cérémonie commémorant le 24ème anniversaire de l’exécution de son frère Louis XVI pendant la Révolution française.
Au regard des circonstances particulières et en pleine période de la Restauration qui se traduit par un souvenir à la fois politique et très émotionnel de la mort tragique du roi, Cherubini renonce volontairement à l’utilisation de voix solistes pour éviter tout effet grandiloquent, ainsi qu’à des couleurs instrumentales trop vives : les flûtes sont de ce fait supprimées et le graduel est entièrement réservé aux instruments à cordes graves pour accentuer la dramaturgie du livret.
Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître : l’œuvre connaît un succès immédiat et immense, au point que Beethoven la considérait comme un modèle, et ira jusqu’à demander qu’elle soit jouée lors de ses propres funérailles en 1827.
Bien que répondant à une commande originale, ce Requiem austère et profondément religieux est régulièrement associé à la période Carême et de la Semaine Sainte. Méditation profonde et intense sur la mort, le jugement et la résurrection, l’œuvre de Cherubini retranscrit musicalement le mouvement de bascule dramatique entre le triomphe apparent et la souffrance imminente, dans une mise en abime qui nous déplace pour aller de l’Histoire du Salut vers l’Histoire du France… ou vice versa.
Ainsi, si je ne doute pas qu’en écoutant le 3ème mouvement Dies Irae, les plus royalistes d’entre nous auront une pensée émue pour notre défunt monarque, d’autres – les plus nombreux je l’espère -, verront dans la mention du « roi à la majesté redoutable » le Roi des rois et Seigneur des seigneurs.
Soli Deo Gloria,
Pasteur Fabian Clavairoly