Lorsque, en tant que nouveau pasteur au Bouclier en « terre du Concordat », j’ai reçu ma première feuille de paie, j’ai avec fierté examiné, observé, lu et relu l’en-tête : Liberté – Égalité – Fraternité République Française ! Avec fierté et humilité.
capture_d_e_cran_2021-04-23_a_11.07.24-2.pngCet en-tête est d’abord une reconnaissance : merci à celles et ceux qui m’ont précédé, Huguenots, Protestants, mais aussi ces Révolutionnaires, ces Républicains et ces obscurs mais indispensables et dévoués serviteurs de l’ État comme Jean-Etienne-Marie Portalis (bien plus que Bonaparte) qui ont su donner cette reconnaissance aux Protestants comme aux Juifs, constatant et confirmant leur place, leur rôle et leur apport dans l’édification du Pays, leur indispensabilité avec les autres, au côté des autres, grâce aux autres dans la République; une longue histoire de luttes, de persécutions, d’étouffements, d’engagements qui aboutit finalement à donner une place à celles et ceux qui pendant longtemps n’en avaient pas. Cet héritage m’oblige alors dans l’accueil des autres dans notre République. Parce que j’ai été accueilli, reconnu, établi, j’accueille, je reconnais, j’établis.
Cela m’oblige, comme noblesse oblige : je suis au service des autres et non pas seulement au service de « nos » paroissiens ; et je mets ce « nos » entre guillemets parce que je n’ai jamais vraiment su qui peut être mis dans ce « nos », de même que je ne sais pas vraiment ce que sont les frontières, les portes de la « paroisse » ! J’ai toujours vécu l’Église comme une absence de frontières, de délimitations. En tant que pasteur – ministre- serviteur – de l’État, de la République, je suis au service de tous. Au-delà des religions, des convictions, des appartenances, mon service de pasteur dépasse les contours supposés de ma religion pour répondre aux demandes de chacune et chacun sans distinction.
Pasteur d’État me met en solidarité avec les autres « serviteurs de la République » : certes les prêtres et les rabbins, en cette terre concordataire, mais aussi les enseignants, les policiers, les médecins, les éboueurs, les soldats, les forestiers, les greffiers, les … comme participant et responsable d’un même service public pour tous.
Cela m’oblige à un devoir de réserve, mais je ne me suis jamais senti restreint dans ma liberté d’expression ou de prédication ; mais cela m’oblige aussi à un engagement pour le pays, pour les habitants ; par exemple, et d’une certaine manière, l’accompagnement des gens lors des étapes anthropologiques (naissance, adolescence, couple, décès) est aussi un service que le pasteur d’ État offre pour donner du sens, du lien, de l’appartenance, de la profondeur, de l’importance à ces temps essentiels de la vie.
Être pasteur d’État, et pas seulement payé par l’État, m’oblige et m’engage aussi à promouvoir cette trinité : Liberté – Égalité – Fraternité , ces trois « valeurs » que j’ai découvertes, expérimentées, éprouvées à l’école laïque de Thann dans le Haut-Rhin, au sein du scoutisme unioniste de Provence et du Tarn, au cœur du protestantisme de notre vieille France, grâce aux engagements de notre monde associatif, au bénéfice de nos universités d’Europe… jusqu’à ce service humble et fier de « simple pasteur généraliste de base » .
Fierté et humilité : lorsque j’évoque cet en-tête Liberté – Égalité – Fraternité , mes filles disent : égalité ? il y a encore une sacrée marge de progression pour les femmes, et quant à la Fraternité, quand parleras tu de Sororité « mon cher papa » ? Tant il est vrai que la volonté de faire avancer, de modifier, d’innover, de transformer est déjà une forme d’adhésion à ces trois affirmations traditionnelles de l’en-tête. Et une tradition, ce n’est finalement qu’une innovation, qu’une expérimentation, qu’une réforme qui sont reconnues et prennent place.
Pasteur Pierre Magne de la Croix

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